la société Vouté (BABOUTE) du Cameroun
INTRODUCTION
Le premier problème qui se pose lorsqu’on aborde l’histoire des peuples africains est celui de l’origine des ethnies avant l’arrivée des européens. Ainsi le peuple VOUTE également appelé « BABOUTE » n’a pas son origine au Cameroun. Nous ne savons d’où il vient exactement mais à écouter sa tradition, nous avons l’impression qu’il vient de loin comme tous les peuples du Cameroun. Toutefois les Vouté du sud ont conscience de provenir de la région de Tibati, plus au Nord à la moitié du XIXème siècle. Aujourd’hui on les retrouve aux confins de la Sanaga et à Yoko ; ceux-ci présentant une organisation stratifiée avant la pénétration européenne. En effet comment était organisée la société Vouté sur le plan politique, économique et sociale avant la période coloniale ? Répondre à cette question fera l’ossature de notre devoir.
Selon l’origine historique des Vouté, ces derniers seraient originaire du Bornou. Leurs ancêtres étaient des guerriers et d’habiles cavaliers venus des grassfields de l’ouest et du nord-ouest, ou ils virent leur expansion stoppée par les Bamiléké, mais qu’ils émigraient ensuite dans la région de Bamenda ou ils constituèrent les puissantes chefferies dites Bali, puis défirent les Bamoun et les Tikar, avec lesquels ils concluent une alliance (le Mandjara) et conquirent les tributs locales. Poursuivant leur route, ces aventuriers Vouté remontent vers le nord et créent les villes de Banyo et Tibati, ou ils se heurtent au Mboum qui leur dispute la localité de Tibati. C’est alors qu’ils se dispersent en direction du Sud ou ils s’implantent dans l’actuel arrondissement de Yoko.
Cependant vu leur itinéraire migratoire, ces derniers se localisent à l’ouest au nord et enfin au sud plus précisément à Yoko (confer carte).
ORGANISATION POLITIQUE
Les structures politiques d’un peuple sont conçues pour servir le but qu’il se donne. Elles sont fonctions de son idéologie. Avant l’arrivée des allemands, les Vouté étaient divisés en trois principales chefferies indépendantes (linte, nguila, nyoo). Bien que Nicolas KARANG MVOUTSI ait réussi à distinguer sept clans dans cette société correspondante à un territoire conquis par chacun d’eux il n’en demeure pas moins vrai que les chefferies ont toutes la même organisation politique.
STRUCTURE DE LA CHEFFERIE VOUTE
L’organisation politique est fondée sur le village qui est dirigé par le chef et le conseil des notables et les attachés du chef.
LE CHEF VOUTE
Il se trouve à la tête de la chefferie et porte le nom de «MVEIN». Il fait l’objet d’une véritable vénération et détient le pouvoir politique et temporel sans pour autant être un despote, le roi a le droit de vie et de mort sur ses sujets, du fait des rites qui ont précédé son sacre. En effet, le chef a des droits et devoirs c’est à lui qu’appartiennent toutes les richesses de la société. Toutes les défenses d’éléphants abattues par les chasseurs. De même que les esclaves capturés lors des razzias effectués auprès des peuples voisins lui reviennent de plein droit. Le chef doit assurer le bien être de son peuple et le protégé contre toutes attaques extérieures.
LES CRITERES DE CHOIX DU CHEF
En ce qui concerne les critères concourant au choix du chef, ils vont de la bravoure, à l’esprit d’initiative des futurs prétendants au trône. Ce peuple de nature guerrière, trop exigeant en ce qui concerne les critères de choix du chef, la succession étant patrilinéaire, ceci dit le chef doit appartenir à la lignée du trône. Il devrait aussi se distinguer par ses exploits (chasse aux fauves) ; ses qualités physiques (fort, courageux, robuste, …) ; et humaines (sociable, tolérant, généreux).
Emmanuel GHOMSI et Thierno BAH confirment cette exigence lorsqu’ils déclarent : «c’est un leader qui se fait remarquer par son courage et ses aptitudes guerrières, il doit pouvoir défendre sa communauté et au besoin assurer son expansion et conduire le service militaire ».
LES NOTABLES ET LEURS ROLES
LES NOTABLES
Les notables sont des personnalités qui ont atteint un certain degré de connaissance, ils sont les deuxièmes personnalités politiques des Vouté. Leurs différents noms et rôles sont :
LEURS ROLES
Le KAGAME : il exerçait la fonction de ministre de la guerre et était par le fait le plus important.
Le TAJARI : il venait tout de suite après du chef et assurait l’intérim pendant un empêchement du chef.
Le TAMWARI (père des champs) : il était une sorte de ministre de l’économie qui s’occupait des cultures et gardait le grenier de la chefferie.
Les DUGALI : ils étaient des jeunes et valeureux guerriers que le chef s’était attaché comme garde du corps.
ORGANISATION ECONOMIQUE
L’activité économique dans toute société humaine est conditionnée par sa structure et par les hommes qui la composent. Il n’existe aucune composante de la vie de ce peuple qui ne soit tributaire de l’activité guerrière. La vente des esclaves et le commerce de l’ivoire qui constituaient le socle de l’économie provenait de la guerre. Les autres activités de production étaient reléguées au second plan.
LA PRODUCTION DES BIENS DE CONSOMMATION
AGRICULTURE ET PECHE
Agriculture : les modes de plantes cultivées étaient le mais, le mil, les arachides, le manioc, l’igname, bananes plantains, … ces différentes plantes ne servaient qu’à la consommation locale. En bref l’agriculture était d’autoconsommation.
Pêche : Elle était une activité de subsistance entretenue grâce à la densité du réseau hydrographique de la région autour de la Sanaga et de ses affluents. Elle se pratique beaucoup plus en saison sèche.
CHASSE ET ELEVAGE
Chasse : Comme la guerre, la chasse était l’occupation des hommes. Elle était une activité vitale qui permettait de se procurer le gibier mais aussi d’affirmer la vaillance des hommes.
Élevage : Ici il s’agit essentiellement d’un élevage domestique qui permettait d’avoir sous la main les animaux qu’on avait besoin pour compléter les produits de la chasse et de la pêche mais aussi elle servait à faire des sacrifices, et les cérémonies religieuses. Toutefois on se servait également du produit de l’élevage pour des grandes manifestations telles que le mariage, la circoncision, l’intronisation d’un chef, … Les animaux élevés étaient : des chèvres, des moutons, la volaille.
ECHANGE ET COMMERCE
LES PRODUITS D’ECHANGES
L’activité économique Vouté se confond avec l’activité guerrière. Cette dernière était en fait la seule activité créatrice des richesses d’expansion vers le sud apportant en même temps des esclaves qui servaient à payer un tribut au lamido de TIBATI.
Bien que paradoxalement on peut noter que l’activité guerrière constituait l’activité économique, dans cette société, dans la mesure où c’est-elle qui permettait d’employer la main d’œuvre et les moyens de locomotion vers TIBATI. Le chef a le monopole du commerce extérieur. Autour d’une exploitation, tous captifs lui sont remis et c’est lui qui traite avec les commerçants Haoussa et les envoie au Lamido.
LA MONNAIE
Il n’existe pas à proprement parler de monnaie au sens moderne du terme. A cette époque là, les échanges qui s’effectuaient entre Vouté et commerçants Haoussa sont marqués par le troc. Ils apportent les esclaves et l’ivoire, et les Haoussa apportent des étoffes, des perles, des gandouras et des chevaux.
ORGANISATION SOCIALE
Les Vouté étaient divisés en clans, ce dernier disposait de plusieurs structures. On trouvait plusieurs classes sociales.
LES DIVISIONS SOCIALES
LES HOMMES
Ils constituaient le principal agent économique de la chefferie. Les travaux durs étaient réservés, on peut citer : la construction des maisons familiales, défrichage des champs, la chasse, la guerre, l’abattage, …
La principale activité des hommes libres était la guerre. Eldridge MOHAMADOU confirme cette assertion lorsqu’il déclare : «l’occupation par excellence, la seule dont on peut tirer satisfaction et fierté était le maniement des armes ». Quant aux femmes, leurs rôles ne sont pas moindres dans l’organisation sociale, politique, économique et culturelle dans la société. En dehors de leur rôle de fécondité, elles s’occupent du travail de la terre, sans oublier la cuisine et l’éducation de la jeune fille. Le ravitaillement des hommes en guerre leur était dévolu.
LES ESCLAVES
Ils étaient le fruit des razzias effectués auprès des peuples riverains de la Sanaga. C’est à eux que revenaient la lourde tache concourant à l’épanouissement de la communauté. Malgré leurs origines, les esclaves n’étaient pas des laissés pour compte du fait de leur assimilation.
LES INSTITUTIONS SOCIALES
LE MARIAGE
Pour ce qui est de celui-ci, nous notons la polygamie et la monogamie. La polygamie étant le mode le plus célèbre. L’autorité d’un homme était basée au regard du nombre de ses épouses. La dote n’existait presque pas en terme économique. Selon J L SARAH : doté était considérée comme une forme d’échange ou le prétendant devait assister la belle famille à des multiples taches et passait un bout de temps dans sa famille.
LA RELIGION
Avant l’arrivée des européens, les Vouté pratiquaient le culte des ancêtres. Ils offraient des sacrifices aux esprits pour éloigner les calamités dans la société. Les cérémonies rituelles étaient un culte. En bref l’organisation de la société Vouté ancienne fut très vaste qu’on ne saurait pas du tout détailler dans ce travail. Mais voilà à peut près la quintessence de la société Vouté ancienne.
CONCLUSION
Parvenu au terme de notre devoir, il était question pour nous de présenter l’organisation de la société Vouté ancienne. Il en ressort de notre analyse que les Vouté sont un peuple qui a migré du nord vers le sud Cameroun. Aussi appelés BABOUTE, ils ont organisé leur société dans l’ordre hiérarchisé basé sur des clans, des cités, des chefferies, des sociétés secrètes et des conseils. De ce fait, nous sommes en voie de dire que la société Vouté ancienne fut soudée et bien structurée, dans diverses institutions à savoir : la sociopolitique, économique, culturelle et religieuse. L’élément le plus marquant dans cette société fut la guerre qu’elle a menée lors de sa migration vers le sud Cameroun.
BIBLIOGRAPHIE
Engelbert MVENG, histoire du Cameroun, paris présence africaine, 1975
joseph Ki-Zerbo, histoire de l’Afrique noire, paris Hatier, 1978
Mohamadou ELDRIDGE, tradition d’origine des peuples du centre et de l’ouest du Cameroun, Yaoundé, 1971.
Mohamadou ELDRIDGE, tradition historique des peuples du Cameroun central, vol II, station I.S.H de Garoua, 1989
Monographie sur la société Vouté (C H G A) page
Unesco, histoire générale de l’Afrique, volume 1, l’Afrique ancienne